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Regard sur l'itinérance à Trois-Rivières
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Un monde au risque de la fragilité
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L'enfermement dans l'errance
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Le territoire imaginaire de l'itinérance
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Entre l'asile et le refuge
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Plan communautaire
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Itinérance et grande pauvreté au Québec
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Notre histoire

La fondation : 1987 - 1989

À la fin des années 80, il n'existait à Trois-Rivières aucune ressource d' hébergement accessible pour les personnes en situation de rupture sociale. Cela, malgré l'augmentation dramatique depuis le milieu des années 70 de la détresse psychosociale. Pour des raisons obscures, le service d'intervention de crise, mis en place dans le cadre des mesures de désengorgement des urgences hospitalières par la ministre Thérèse Lavoix-Roux, n' a pas apporté les résultats attendus. Il fut même démantelé, faute d'achalandage... Il faut aussi rappeler la situation de la psychiatrie à l'époque. Le manque dramatique de psychiatres, le repliement sur soi et la problématique chronique de l'urgence, rendaient l'accès aux soins psychiatriques extrêmement difficile. Lorsque finalement on y accédait, la personne était souvent remise à la rue dans les 24 heures sans autre formalité, ni suivi. C'est dans ce contexte qu'est né le Centre Le Havre : une misère grandissante et des services publics inefficaces et inaccessibles.Toutefois, les hommes et les femmes qui fondèrent le Centre le Havre n'avaient en tête ni l'engorgement des urgences ni la désinstitutionnalisation. Ils désiraient simplement offrir un gîte et de la nourriture aux personnes sans-abri de plus en plus nombreuses. Mais, ils ne voulaient pas quelque chose de temporaire, ils voulaient fonder une institution.

Ils établirent les premiers règlements généraux. Ils obtinrent une charte d'organisme à but non-lucratif et formèrent le premier conseil d'administration. Une subvention de 50 000$ leur fut accordée par le ministère de la santé et des services sociaux, ce qui permit d'engager deux personnes pour assurer une permanence. Une subvention de la Société d'Habitation du Québec permit l'acquisition d'un bâtiment situé dans le quartier Ste-Marguerite, pouvant héberger jusqu'à 20 personnes.Dans l'esprit des fondateurs, le Centre Le Havre devait être un refuge de nuit où les hommes sans-abri pourrait être accueillis avec chaleur et compréhension. Le premier résident fut accueilli le 13 février 1989. Ce fut la fin de l'idée du refuge de nuit.

Les débuts : 1889 - 1991

Dès ses débuts, le Centre Le Havre devient plus un asile qu'un refuge de nuit. Il était difficile de remettre les gens à la rue à chaque matin. Il était clair que nous allions ainsi contribuer au développement de l'itinérance à Trois-Rivières. Avec l'aide des divers programmes de subvention reliés à l'emploi, nous avons réussi à assurer l'encadrement minimum permettant d'accueillir les hommes toute la journée. C'est de là qu'est née l'idée d'offrir une alternative à l'itinérance.Les besoins étaient encore plus grands que prévus : dès la première année, plus de 200 admissions. Et cela allait augmenter à plus de 260 l'année suivante. Les durées de séjour étaient très élevées : 36 jours en moyenne en 1990, c'était beaucoup trop, nous manquions de place. Les gens voulaient demeurer au Centre Le Havre le plus longtemps possible. De notre côté, nous ne faisions rien pour les aider à partir. Au contraire, nous faisions tout pour qu'ils se sentent bien. Résultat : nous devions refuser de plus en plus de gens en situation d'urgence, alors que nos places étaient occupées par des gens stabilisés que nous ne voulions pas remettre à la rue. En 1991, le Centre Le Havre ressemblait à un asile qui accueille la misère humaine à l'écart de la communauté et ne sait quoi faire avec. De là est née l'idée d'une intervention orientée vers la réinsertion sociale.

Les orientations : 1991 - 1994

Le début des années 90 furent des années décisives pour le Centre Le Havre. C'est au cours de ces années que nous avons identifié et adopté les orientations qui nous servent encore aujourd'hui de points de repère à notre action. Et c'est aussi à la fin de cette période qu'une subvention inespérée du secrétariat aux affaires régionales nous a permis de concrétiser un des piliers essentiels de ces orientations : une équipe permanente d'intervention, intégrée à la résidence d'hébergement.

Voici brièvement les orientations que nous avons retenues

  • Pour sortir des impasses des pratiques traditionnelles, nous devons intégrer au service d'hébergement d'urgence une équipe d'intervention capable d'établir des alliances avec les personnes, les aider à résoudre leurs problèmes les plus urgents et les accompagner dans le processus de reconstruction des liens d'appartenance à la communauté.
  • Les personnes les plus vulnérables et démunies doivent être priorisées, particulièrement celles atteintes de troubles mentaux graves et de problématiques multiples.
  • Une réponse efficace au problème de l'itinérance est nécessairement multidimensionnelle. Nous sommes convaincus que l'intervention d'urgence doit s'ouvrir sur des possibilités réelles d'insertion sociale. Le logement abordable permanent avec soutien communautaire ainsi que le travail adapté aux capacités des personnes sont des conditions de possibilité de l'insertion sociale des personnes.
  • La collaboration la plus étroite possible avec les différents services médicaux, sociaux, et judiciaires fait aussi partie des conditions de réussite.
  • L'appui des décideurs tant au niveau municipal, territorial, régional, que national est essentiel pour concrétiser ce projet.
  • Finalement, et c'est certainement la condition la plus importante, il est nécessaire d'associer à l'élaboration du projet des participants de nos services.

La plupart de ces orientations ont été actualisées au cours de la deuxième moitié des années 90.

La consolidation et le développement

1995 ...

La deuxième moitié des années 90 est une période difficile pour les organismes communautaires, les établissements publics et surtout les personnes les plus pauvres et fragiles de la société québécoise. Au même moment qu'il entreprend une réforme majeure de l'ensemble du réseau public de la santé et des services sociaux. le gouvernement québécois procède à une réduction massive de ses dépenses dans le secteur de la santé et des services sociaux, plongeant le réseau sociosanitaire dans un état plus ou moins chaotique. Les grandes orientations balisées par la politique gouvernementale de santé mentale et celle, plus large, de la santé et du bien-être, apparaissent de plus en plus irréalisables dans le cadre des moyens dont le gouvernement est prêt à consentir actuellement. Durand cette période les admissions en hébergement d'urgence ont grimpé en flèche. Sur une période de 4 ans, elles ont fait un bon de 130%, passant d'une moyenne de 22 à 50 admissions mensuellement. L'impact de cette accroissement est considérable.

Malgré ce contexte difficile, la fin des années 90 est une période de consolidation et de développement pour le Centre Le Havre. Consolidation d'abord de l'équipe d'intervention par la Régie Régionale de la Santé et des Services Sociaux. Consolidation partielle il est vrai ; la lutte pour la survie n'est pas encore terminée... Et puis un développement important avec la création d'un organisme communautaire dédié au travail, un autre au logement social et un groupe de croissance pour les survivants de la désorganisation psychosociale.

  

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